Une année d'articles sociologiques

A propos du livre d’Esther Duflo, Le développement humain (1)

Posted in Note de lecture by Panda on 30 janvier 2010

Duflo E. (2010), Le développement humain. Lutter contre la pauvreté (1), La République des Idées, Seuil.

La République des Idées a décidé de faire honneur à une économiste française renommée, invitant ainsi le grand public à prendre connaissance de ses travaux sur l’économie du développement.

La lecture du livre s’impose, à condition de le lire en plein et en creux.

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Pour une approche sociologique de la comptabilité. Réflexions à partir de la réforme comptable chinoise

Posted in Gestion by Panda on 30 décembre 2009

Eyraud C. (2003), « Pour une approche sociologique de la comptabilité. Réflexions à partir de la réforme comptable chinoise« , Sociologie du travail, vol. 45, n°4, pp. 491-508.1

Pour le profane, la comptabilité peut s’entendre comme l’enregistrement vétilleux des entrées et sorties d’argent de l’entreprise, un travail de tâcheron ou, puisque le comptable ne semble décidément en rien contribuer à l’activité de l’entreprise, de parasite.

Pour aller au-delà, il faudrait se donner la peine de rentrer dans les détails, une entreprise a priori peu ragoutante pour le sociologue, plus intéressé par le technicien que par la technique, par ailleurs souvent rétif aux chiffres. A sa décharge, il est vrai que la comptabilité ne semble se présenter que sous le seul jour d’une technique du chiffre à embrasser d’un bloc : les ouvrages disponibles ici et là pour l’aborder traitent superficiellement du milieu comptable et moins encore d’une théorie comptable, pour autant qu’elle existe ; leurs auteurs se donnent essentiellement pour programme d’enseigner à tenir sa comptabilité ; bref, à se faire comptable. Alors, mettre la main à la pâte pour étudier le boulanger, pourquoi pas ? Il semble bien qu’on apprendra bien quelque chose sur l’objet même en demeurant petit mitron. Mais devenir comptable pour étudier le comptable… voilà qui est nettement moins attrayant.

Toutefois, en dépit de ces obstacles cognitifs et culturels, certains osent. Ainsi, Corine Eyraud, dans cet article visiblement séminal, ne propose rien de moins que de jeter un regard sur les enjeux sociologique de la comptabilité en pratiquant de plus une étude comparative entre la France et la Chine. De là, comme on le verra, la révélation des enjeux précédemment mentionnés de la manière dont la comptabilité définit l’image qu’on entend donner de l’entreprise à des multiples acteurs, et en premier lieu à ceux qui la contrôlent.

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Encombrantes victimes. Pourquoi les maladies professionnelles restent-elles socialement invisibles en France ?

Posted in Médecine, Travail by Panda on 7 décembre 2009

Jouzel J.-N. (2009), « Encombrantes victimes. Pourquoi les maladies professionnelles restent-elles socialement invisibles en France ?« , Sociologie du travail, vol. 51, n°3, pp. 402-418.

Vu de très loin, le scandale de l’amiante peut apparaître comme une sorte de combat inégal opposant de gentilles victimes à de méchants industriels, les pouvoirs publics faisant tapisserie. Mais le travail n’est pas en France la seule affaire des employeurs et des salariés : il existe tout un monde social1 composé d’une multitude d’acteurs aux intérêts spécifiques oeuvrant au sein de systèmes d’autant plus complexes qu’ils sont hétéronomes, dont l’objet a priori singulier est justement de travailler sur le travail2. Dans un tel contexte, chacun se doute que la résolution du problème que constitue l’exposition à un risque professionnel soit rendue particulièrement délicate, à commencer par sa formulation. Pour nous ouvrir un peu les yeux sur cette réalité, Jean-Noël Jouzel s’est intéressé au processus de reconnaissance des maladies professionnelles en se basant sur l’échec de la mobilisation autour des éthers de glycol.

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Suspension momentanée du blog

Posted in Non classé by Panda on 31 octobre 2009

Confronté à une charge de travail écrasante jusqu’à fin novembre au point de compter mes heures libres sur le doigts d’une main par semaine, je n’ai pas le temps d’alimenter ce blog. Rendez-vous le 5 décembre pour la suite.

Lettre pandane

Posted in Interludes by Panda on 15 octobre 2009

Mon cher Usbek,

Je devais ce matin me rendre de l’hôtel où je loge jusqu’à un lieu lointain, le palais où le chef des troglodytes devait présenter ses voeux pour la nouvelle année, cérémonie à laquelle j’avais été convié en tant qu’ambassadeur de notre prince, ainsi que tous les ambassadeurs dépêchés ici. Comme la perspective d’entendre pérorer le seigneur d’une pétaudière m’ennuyait assez, j’ai pris quelques temps pour m’extirper de mon lit, et me suis de ce fait trouvé assez en retard pour en être réduit à ne pas pouvoir héler de taxi, mais à devoir prendre le métro.

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Sociologie des effets pervers

Posted in Interludes by Panda on 7 octobre 2009

Ce graphisme est issu d’une réflexion expéditive conduite par un groupe de chercheurs improvisés sur les formes sous lesquelles il serait possible de restituer les résultats d’une enquête qualitative afin de frapper les esprits autant que par les chiffres qu’une enquête quantitative peut produire.

Le thème de la présente contribution était la sociologie des effets pervers appliquée à la ligne 13 du métro parisien.

Sociologie des effets pervers sur la ligne 13 du métro parisien

Les centres d’appels, usines modernes ? Les rationalisations paradoxales de la relation téléphonique

Posted in Travail by Panda on 19 septembre 2009

Buscato M. (2002), « Les centres d’appels, usines modernes ? Les rationalisations paradoxales de la relation téléphonique« , Sociologie du travail, vol. 44, n°1, pp. 99-117.

« Contre les illusions des théoriciens de la domination et du conditionnement, mais aussi contre les fantasmes de toute-puissance et de simplification qui surgissent constamment chez les hommes d’action, il faut donc affirmer avec force que la conduite humaine ne saurait être assimilée en aucun cas au produit mécanique de l’obéissance ou de la pression des données structurelles. Elle est toujours l’expression et la mise en oeuvre d’une liberté, aussi minime soit-elle. »

Quel meilleur contexte qu’un centre d’appels pour mettre de nouveau à l’épreuve de la réalité cette proposition déclamée avec virulence par Michel Crozier et son élève Erhard Friedberg dans L’acteur et le système, best-seller de la sociologie des organisations de la fin des années 70 ? Là où il paraît que le téléopérateur va jusqu’à lire les propos qu’il nous sert sur son écran en se suivant le déroulé d’un script rédigé à l’avance, de quelle marge de manoeuvre est-il bien possible de bénéficier pour éviter d’être réduit à la posture d’un Charlie Chaplin des temps (pour le coup, post-)modernes ? Marie Buscatto est allée investiguer sur place…

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De près et de loin, sans Lévi-Strauss

Posted in Interludes by Panda on 10 septembre 2009

« Une pause s’impose » s’exclamait un jour un de mes camarades au milieu d’un cours, signalant au maître qu’il avait pompé assez d’air pour amener ses élèves au bord de l’asphyxie. Je me propose de faire écho à cette précieuse maxime en intercalant éventuellement entre deux commentaires rigoureux un interlude prenant la forme d’une fiction sociologique, manière aussi de faire pénitence si jamais je manque à ma tâche. Je ne promets aucune régularité, bien au contraire. Pour commencer, j’expie la semaine 35.

8h30. Voici déjà une dizaine de minutes que j’occupe cette position dont je viens soudain de réaliser qu’elle ne va pas de soi. Déformation professionnelle du would-be sociologue ou alors réaction de défense, comprenez : sentiment tel d’une différence – ils sont jeunes, je suis vieux – qu’il déclenche une alarme me signifiant que je dois sur le champ retourner le stigmate sous peine de me laisser accroire que je suis l’intrus ? Quoiqu’il en soit, je bascule dans ce que les anthropologues nomment l’observation participante, et l’extrême cohérence de la situation explose à mes yeux.
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Un crime sans déviance : le vol en interne comme activité routinière

Posted in Travail by Panda on 5 septembre 2009

Bonnet F. (2008), « Un crime sans déviance : le vol en interne comme activité routinière« , Revue française de sociologie, vol. 49, n° 2, pp. 331-350.

En février 2009, le journal Libération rapporte l’étrange mésaventure survenue en Allemagne à « une caissière virée pour un 1,30 euro« . Accusée d’avoir présenté deux bons de consigne oubliés par un client pour empocher l’argent, la caissière aurait donné un prétexte à la direction qui cherchait à s’en débarrasser depuis qu’elle avait pris la tête d’un mouvement de salariés dénonçant les conditions de travail. Rebelote en mars suivant, de l’autre côté du Rhin. Cette fois, c’est une caissière « mise à la porte pour un poil de cagnotte« , ou plus précisément pour être accusée d’avoir enregistré sur sa carte de fidélité les achats d’un client et bénéficier ainsi d’une réduction de 40 centimes d’euro. Moins de machiavélisme de la part de la direction ici, cette dernière semblant plutôt s’être enfermée dans une procédure.

C’est la disproportion entre le montant dérisoire des prétendus détournements et la sanction ainsi que le caractère mal avéré et donc potentiellement diffamatoire des accusations qui fait scandale. La condamnation morale du vol apparaît alors plus servir les intérêts de directions mal intentionnées que ceux de la société. Pour François Bonnet, il faut pousser les feux plus avant : l’hypothèse serait que la direction va jusqu’à organiser la possibilité d’être volée.

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Entre les vivants et les morts : les pompes funèbres aux portes du marché

Posted in Marché by Panda on 24 août 2009

Trompette P., Boissin O. (2000), « Entre les vivants et les morts : les pompes funèbres aux portes du marché« , Sociologie du travail, vol. 42, n°3, pp. 483-504.

Comment se constitue un marché au sens classique du système organisé de mise en relation d’une offre et d’une demande ne se connaissant ni d’Eve ni d’Adam pour échanger un bien ou un service contre de l’argent ? Sachant les efforts déployés par les spécialistes du marketing pour susciter de nouveaux « besoins » que les produits qu’ils doivent écouler viennent comme par hasard satisfaire, on se doute déjà que l’offre et la demande ne sont pas les fruits d’une génération spontanée. Mais avant même de parler de besoins créés de toutes pièces, il en est de tout naturels. La question qui se pose alors est celle du processus par lequel la satisfaction de ces besoins va finalement être assurée dans le cadre d’une relation marchande à l’exception de tout autre, comme par exemple celui des solidarités familiales – on parlera de marchandisation. Dans cet article, Pascale Trompette et Olivier Boissin cherchent à nous éclairer sur ce qui se joue dans ce moment en prenant comme point de départ l’ouverture officielle à la concurrence du funéraire, ou quand il devient nécessaire de parler du prix à payer pour faire disparaître nos cadavres.

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