Une année d'articles sociologiques

Pour une approche sociologique de la comptabilité. Réflexions à partir de la réforme comptable chinoise

Posted in Gestion by yragael on 30 décembre 2009

Eyraud C. (2003), « Pour une approche sociologique de la comptabilité. Réflexions à partir de la réforme comptable chinoise« , Sociologie du travail, vol. 45, n°4, pp. 491-508.1

Pour le profane, la comptabilité peut s’entendre comme l’enregistrement vétilleux des entrées et sorties d’argent de l’entreprise, un travail de tâcheron ou, puisque le comptable ne semble décidément en rien contribuer à l’activité de l’entreprise, de parasite.

Pour aller au-delà, il faudrait se donner la peine de rentrer dans les détails, une entreprise a priori peu ragoutante pour le sociologue, plus intéressé par le technicien que par la technique, par ailleurs souvent rétif aux chiffres. A sa décharge, il est vrai que la comptabilité ne semble se présenter que sous le seul jour d’une technique du chiffre à embrasser d’un bloc : les ouvrages disponibles ici et là pour l’aborder traitent superficiellement du milieu comptable et moins encore d’une théorie comptable, pour autant qu’elle existe ; leurs auteurs se donnent essentiellement pour programme d’enseigner à tenir sa comptabilité ; bref, à se faire comptable. Alors, mettre la main à la pâte pour étudier le boulanger, pourquoi pas ? Il semble bien qu’on apprendra bien quelque chose sur l’objet même en demeurant petit mitron. Mais devenir comptable pour étudier le comptable… voilà qui est nettement moins attrayant.

Toutefois, en dépit de ces obstacles cognitifs et culturels, certains osent. Ainsi, Corine Eyraud, dans cet article visiblement séminal, ne propose rien de moins que de jeter un regard sur les enjeux sociologique de la comptabilité en pratiquant de plus une étude comparative entre la France et la Chine. De là, comme on le verra, la révélation des enjeux précédemment mentionnés de la manière dont la comptabilité définit l’image qu’on entend donner de l’entreprise à des multiples acteurs, et en premier lieu à ceux qui la contrôlent.

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Encombrantes victimes. Pourquoi les maladies professionnelles restent-elles socialement invisibles en France ?

Posted in Médecine, Travail by yragael on 7 décembre 2009

Jouzel J.-N. (2009), « Encombrantes victimes. Pourquoi les maladies professionnelles restent-elles socialement invisibles en France ?« , Sociologie du travail, vol. 51, n°3, pp. 402-418.

Vu de très loin, le scandale de l’amiante peut apparaître comme une sorte de combat inégal opposant de gentilles victimes à de méchants industriels, les pouvoirs publics faisant tapisserie. Mais le travail n’est pas en France la seule affaire des employeurs et des salariés : il existe tout un monde social1 composé d’une multitude d’acteurs aux intérêts spécifiques oeuvrant au sein de systèmes d’autant plus complexes qu’ils sont hétéronomes, dont l’objet a priori singulier est justement de travailler sur le travail2. Dans un tel contexte, chacun se doute que la résolution du problème que constitue l’exposition à un risque professionnel soit rendue particulièrement délicate, à commencer par sa formulation. Pour nous ouvrir un peu les yeux sur cette réalité, Jean-Noël Jouzel s’est intéressé au processus de reconnaissance des maladies professionnelles en se basant sur l’échec de la mobilisation autour des éthers de glycol.

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