Une année d'articles sociologiques

Encombrantes victimes. Pourquoi les maladies professionnelles restent-elles socialement invisibles en France ?

Posted in Médecine, Travail by yragael on 7 décembre 2009

Jouzel J.-N. (2009), « Encombrantes victimes. Pourquoi les maladies professionnelles restent-elles socialement invisibles en France ?« , Sociologie du travail, vol. 51, n°3, pp. 402-418.

Vu de très loin, le scandale de l’amiante peut apparaître comme une sorte de combat inégal opposant de gentilles victimes à de méchants industriels, les pouvoirs publics faisant tapisserie. Mais le travail n’est pas en France la seule affaire des employeurs et des salariés : il existe tout un monde social1 composé d’une multitude d’acteurs aux intérêts spécifiques oeuvrant au sein de systèmes d’autant plus complexes qu’ils sont hétéronomes, dont l’objet a priori singulier est justement de travailler sur le travail2. Dans un tel contexte, chacun se doute que la résolution du problème que constitue l’exposition à un risque professionnel soit rendue particulièrement délicate, à commencer par sa formulation. Pour nous ouvrir un peu les yeux sur cette réalité, Jean-Noël Jouzel s’est intéressé au processus de reconnaissance des maladies professionnelles en se basant sur l’échec de la mobilisation autour des éthers de glycol.

(more…)

Publicités

Les centres d’appels, usines modernes ? Les rationalisations paradoxales de la relation téléphonique

Posted in Travail by yragael on 19 septembre 2009

Buscato M. (2002), « Les centres d’appels, usines modernes ? Les rationalisations paradoxales de la relation téléphonique« , Sociologie du travail, vol. 44, n°1, pp. 99-117.

« Contre les illusions des théoriciens de la domination et du conditionnement, mais aussi contre les fantasmes de toute-puissance et de simplification qui surgissent constamment chez les hommes d’action, il faut donc affirmer avec force que la conduite humaine ne saurait être assimilée en aucun cas au produit mécanique de l’obéissance ou de la pression des données structurelles. Elle est toujours l’expression et la mise en oeuvre d’une liberté, aussi minime soit-elle. »

Quel meilleur contexte qu’un centre d’appels pour mettre de nouveau à l’épreuve de la réalité cette proposition déclamée avec virulence par Michel Crozier et son élève Erhard Friedberg dans L’acteur et le système, best-seller de la sociologie des organisations de la fin des années 70 ? Là où il paraît que le téléopérateur va jusqu’à lire les propos qu’il nous sert sur son écran en se suivant le déroulé d’un script rédigé à l’avance, de quelle marge de manoeuvre est-il bien possible de bénéficier pour éviter d’être réduit à la posture d’un Charlie Chaplin des temps (pour le coup, post-)modernes ? Marie Buscatto est allée investiguer sur place…

(more…)

Tagged with: ,

Economie des partis et rétributions du militantisme

Posted in Politique by yragael on 26 juillet 2009

Gaxie D. (1977), « Economie des partis et rétributions du militantisme« , Revue française de science politique, vol. 27, n° 1, pp. 123-154.

Du 9 mars au 1er juin 2006, en préparation de l’élection interne qui doit permettre à ses militants de désigner son candidat à l’élection présidentielle de mai 2007, le Parti socialiste conduit une campagne d’adhésion d’un genre nouveau en s’appuyant sur Internet et en consentant un rabais substantiel : la cotisation de la première année n’est plus fixée proportionnellement aux revenus, mais ramenée à un forfait de 20 euros. L’initiative déclenche une vague d’adhésions1, quelques 75 000 personnes manifestant l’intention de rejoindre les rangs du parti pour porter ses effectifs au niveau historique de plus de 200 000 adhérents. Moins deux ans plus tard, les défaites aux présidentielles et législatives passées, ces adhésions seront pointées du doigt lorsque les comptes feront apparaître que les effectifs ont fondu d’autant, soit de près d’un tiers. Comment un parti peut-il conserver ses troupes ? En 1977, le politologue Daniel Gaxie fait acte de sociologie en se penchant sur la question…

(more…)