Une année d'articles sociologiques

Les centres d’appels, usines modernes ? Les rationalisations paradoxales de la relation téléphonique

Posted in Travail by yragael on 19 septembre 2009

Buscato M. (2002), « Les centres d’appels, usines modernes ? Les rationalisations paradoxales de la relation téléphonique« , Sociologie du travail, vol. 44, n°1, pp. 99-117.

« Contre les illusions des théoriciens de la domination et du conditionnement, mais aussi contre les fantasmes de toute-puissance et de simplification qui surgissent constamment chez les hommes d’action, il faut donc affirmer avec force que la conduite humaine ne saurait être assimilée en aucun cas au produit mécanique de l’obéissance ou de la pression des données structurelles. Elle est toujours l’expression et la mise en oeuvre d’une liberté, aussi minime soit-elle. »

Quel meilleur contexte qu’un centre d’appels pour mettre de nouveau à l’épreuve de la réalité cette proposition déclamée avec virulence par Michel Crozier et son élève Erhard Friedberg dans L’acteur et le système, best-seller de la sociologie des organisations de la fin des années 70 ? Là où il paraît que le téléopérateur va jusqu’à lire les propos qu’il nous sert sur son écran en se suivant le déroulé d’un script rédigé à l’avance, de quelle marge de manoeuvre est-il bien possible de bénéficier pour éviter d’être réduit à la posture d’un Charlie Chaplin des temps (pour le coup, post-)modernes ? Marie Buscatto est allée investiguer sur place…

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Un crime sans déviance : le vol en interne comme activité routinière

Posted in Travail by yragael on 5 septembre 2009

Bonnet F. (2008), « Un crime sans déviance : le vol en interne comme activité routinière« , Revue française de sociologie, vol. 49, n° 2, pp. 331-350.

En février 2009, le journal Libération rapporte l’étrange mésaventure survenue en Allemagne à « une caissière virée pour un 1,30 euro« . Accusée d’avoir présenté deux bons de consigne oubliés par un client pour empocher l’argent, la caissière aurait donné un prétexte à la direction qui cherchait à s’en débarrasser depuis qu’elle avait pris la tête d’un mouvement de salariés dénonçant les conditions de travail. Rebelote en mars suivant, de l’autre côté du Rhin. Cette fois, c’est une caissière « mise à la porte pour un poil de cagnotte« , ou plus précisément pour être accusée d’avoir enregistré sur sa carte de fidélité les achats d’un client et bénéficier ainsi d’une réduction de 40 centimes d’euro. Moins de machiavélisme de la part de la direction ici, cette dernière semblant plutôt s’être enfermée dans une procédure.

C’est la disproportion entre le montant dérisoire des prétendus détournements et la sanction ainsi que le caractère mal avéré et donc potentiellement diffamatoire des accusations qui fait scandale. La condamnation morale du vol apparaît alors plus servir les intérêts de directions mal intentionnées que ceux de la société. Pour François Bonnet, il faut pousser les feux plus avant : l’hypothèse serait que la direction va jusqu’à organiser la possibilité d’être volée.

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Une féminisation sur fond de segmentation professionnelle genrée : le cas des policières en commissariat

Posted in Travail by yragael on 16 août 2009

Boussard V., Loriol M., Caroly S. (2007), « Une féminisation sur fond de segmentation professionnelle genrée : le cas des policières en commissariat« , Sociologies pratiques, n°14, pp. 75-88.

A en croire les hommes comme les femmes qui y travaillent, la gente féminine se serait faite sa place dans la Police. « Circulez, il n’y a rien à voir » voudrait-on opposer aux sociologues que la question de l’égalité professionnelle entre hommes et femmes intrigue, travaillés qu’ils sont par cette idée que le sexe biologique prendrait une signification sociale différente selon le contexte qu’on considère : on ne serait pas femme pareillement ici et là. Partant, que peut signifier l’affirmation selon laquelle les hommes et les femmes seraient traités également ? On saisit bien l’égalité, mais quels en sont les membres ? Impossible de le comprendre sans s’immerger dans le contexte où est formulée la proposition pour y observer ce que c’est que d’y être un homme ou une femme exactement. Pour cette raison, Valérie Boussard, Marc Loriol et Sandrine Coraly ont étudié la situation des policiers dans quatre commissariats, portant leur attention sur le quotidien et sur les trajectoires professionnelles.

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L’erreur est humaine mais non professionnelle : le bûcheron et l’accident

Posted in Travail by yragael on 19 juillet 2009

Schepens F. (2007), « L’erreur est humaine mais non professionnelle : le bûcheron et l’accident« , Sociologie du travail, vol. 47, n°1, pp. 1-16.

La pratique de prévention des risques professionnels n’est pas dépourvue d’ambiguïtés. En premier lieu, faut-il assurer la sécurité d’un travailleur malgré lui ? Pour le contrôleur du travail, il convient de s’en remettre aux principes de prévention, ce qui revient dans la pratique à chercher successivement à éliminer le danger1, à mettre en œuvre des protections collectives, à mettre en œuvre des protections individuelles2, à donner des consignes ; il n’est nullement question de livrer le salarié au bon soin de lui-même. Cette position s’explique par la fonction, le contrôleur représentant les intérêts de la collectivité appelée à payer pour des dommages dont elle considère que le chef d’entreprise est le seul responsable – en matière de sécurité des salariés, le Code du travail soumet ce dernier à une obligation de résultat. Position confortable pour le travailleur salarié ? Pas forcément, ce dernier pouvant s’estimer le mieux placé pour apprécier les risques qu’il prend. En étudiant le cas extrême de travailleurs non salariés, l’article de Florent Schepens vient nous aider à mieux comprendre ce point de vue.

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Des chiffres insensés ? Pourquoi et comment on donne un sens aux données statistiques

Posted in Travail by yragael on 11 juillet 2009

Gollac M. (1997), « Des chiffres insensés ? Pourquoi et comment on donne un sens aux données statistiques« , Revue française de sociologie, vol. 28, n°1, pp. 5-36.

Le 26 avril 2007, entre les deux tours de l’élection présidentielle, le ministère de l’emploi publie des chiffres estimatifs sur le taux de chômage du mois de mars, attestant d’une décrue. L’initiative déclenche immédiatement une grève annoncée la veille des statisticiens dudit ministère, soutenus dans une lettre ouverte au ministre de l’emploi par 40 chercheurs pour lesquels il s’agirait d’une « manipulation de l’opinion publique » mettant en cause « l’indépendance et la neutralité du système de statistiques ». C’est le dernier épisode en date d’une controverse initiée en janvier par la décision de la direction de l’Insee de reporter la publication du taux de chômage annuel de six mois, au prétexte d’un trop grand nombre de non-réponses à son enquête emploi et d’un « biais de rotation » (l’enquête est administrée six fois à la même personne qui peut répondre différemment à chaque fois, voire ne pas répondre). Pour les contestataires, notamment le collectif ACDC, ce n’est pas l’administration de l’enquête qui pose problème, mais le fait qu’elle a produit un taux de chômage plus élevé que celui de l’Anpe sur lequel le gouvernement peut agir en multipliant les radiations (« sortir des listes Anpe signifie de moins en moins sortir du chômage »). L’histoire permet de pointer que les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes. Pour autant, faut-il les disqualifier au prétexte qu’il serait possible de leur faire dire n’importe quoi ?

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